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Jérémie Vitet

DSI

Choisir un outil de ticketing pour une petite DSI : GLPI, osTicket, Zammad ou Power Automate

Comment j'ai comparé quatre approches du support interne pour une PME industrielle à DSI d'une personne : les critères qui ont pesé, ce qui a été retenu, et pourquoi ce choix ne serait pas le vôtre.

Publié le
Temps de lecture
7 min de lecture
Niveau
intermédiaire
Statut
à jour
Vérification
Testé sur Zammad, Cloudron

En août 2025, la direction arrive avec une idée raisonnable : formaliser les demandes informatiques. Aujourd’hui elles arrivent par mail, par téléphone, dans le couloir et par messagerie instantanée, ce qui donne un suivi approximatif et aucune vision de la charge réelle. La proposition sur la table : un flux Power Automate branché sur une liste SharePoint, puisque les licences Microsoft 365 sont déjà payées.

J’ai demandé une semaine pour comparer. Voici le raisonnement, pas un classement absolu : le bon outil dépend d’un contexte, et le mien est très particulier — une PME industrielle, un service informatique d’une personne, et une plateforme d’auto-hébergement déjà en place avec un annuaire et un SSO.

Si votre contexte diffère, la grille reste valable ; la conclusion, non.

L’erreur classique consiste à comparer des fonctionnalités avant d’avoir écrit ce qu’on veut obtenir. J’ai commencé par trois questions.

D’où viennent les demandes aujourd’hui ? Très majoritairement d’une adresse e-mail générique. Une conclusion en découle immédiatement : l’outil doit ingérer le mail nativement et répondre depuis le ticket, sinon les utilisateurs continueront d’écrire à l’adresse et rien ne sera tracé. Un outil qui impose un formulaire web, c’est un outil qu’on contourne.

Qui va l’administrer ? Moi. Chaque heure passée à maintenir l’outil est une heure qui ne va pas au reste. Un logiciel « gratuit » qui demande une journée par trimestre coûte plus cher qu’un outil maintenu en deux clics.

Que veut-on en tirer ? Trois choses : ne plus perdre de demande, pouvoir dire en fin d’année où est passé le temps, et donner de la visibilité aux utilisateurs sur l’avancement. Pas de gestion de changements, pas de catalogue de services à quarante entrées, pas de contrats de niveau de service contractuels. Le périmètre volontairement modeste est un critère de choix à lui seul.

Critère Pourquoi il compte ici
Canal e-mail bidirectionnel Les demandes arrivent déjà par mail ; le reste est théorique
Coût d’exploitation Mise à jour, sauvegarde, supervision : tout retombe sur une personne
Intégration à l’annuaire existant Un compte de plus par utilisateur, c’est un mot de passe de plus à réinitialiser
Localisation et maîtrise des données Tickets = informations sur l’organisation, les incidents, parfois la sécurité
Adoption par les utilisateurs Un outil que personne n’ouvre ne remplace pas le couloir
Réversibilité Pouvoir exporter l’historique et partir sans négociation
Périmètre fonctionnel Assez pour le besoin, pas au-delà : chaque module en trop est à configurer

Le critère absent est volontaire : le prix de la licence. Il ne discrimine pas grand-chose entre ces quatre candidats. Ce qui discrimine, c’est le temps que l’outil me prendra.

Le vétéran francophone, à la fois gestion de parc et gestion des tickets. Installation simple sur une pile web classique, communauté importante, écosystème de plugins, agent d’inventaire qui remonte automatiquement le matériel et les logiciels.

Son point fort ne se discute pas : si vous cherchez d’abord à savoir ce que vous possédez, c’est l’outil. Son point faible, pour un usage purement support, est le revers du même argument : c’est un ITSM complet, avec des entités, des habilitations et des modules qu’il faut configurer même quand on ne s’en servira pas. L’interface est dense, ce qui n’aide pas l’adoption par des utilisateurs occasionnels.

À l’opposé : léger, en PHP, centré sur une seule chose — recevoir des tickets par mail et par formulaire, les affecter, y répondre. On l’installe en une soirée et il fait le travail.

C’est sa limite aussi. L’interface a vieilli, les fonctions de recherche et de reporting sont sommaires, et les intégrations d’authentification demandent du bricolage. Excellent candidat pour démarrer vite, moins convaincant si l’outil doit tenir plusieurs années et servir de vitrine du service informatique.

Interface moderne, pensée pour les agents qui passent la journée dedans : recherche plein texte, vue unifiée des échanges, fusion de tickets, macros. Le canal e-mail est de première classe — c’est même son histoire — et il sait s’appuyer sur un annuaire existant en LDAP, OpenID Connect ou SAML.

En contrepartie, la pile technique est plus lourde qu’un simple PHP/MySQL. C’est précisément là que mon contexte a fait pencher la balance : la plateforme d’auto-hébergement que j’exploite déjà installe, met à jour et sauvegarde l’application comme les autres. La complexité technique existe, mais je ne la porte pas.

L’option proposée par la direction, et elle mérite mieux qu’un rejet de principe : aucune infrastructure supplémentaire, aucune licence supplémentaire, authentification déjà en place, données dans le même tenant que le reste.

Le problème est ailleurs. Un outil de ticketing, ce n’est pas une liste avec un statut : c’est l’agrégation d’un fil de discussion par mail, la gestion des réponses des utilisateurs qui répondent douze fois d’affilée, les notifications, la fusion des doublons, l’historique, les vues par état. Tout cela, il faudrait le construire dans le flux — et surtout le maintenir, seul, avec un débogage laborieux dès que le flux dépasse une dizaine d’actions. J’ai résumé mon avis en réunion : ce n’est pas un mauvais produit, c’est une usine à gaz pour ce besoin précis. On rebâtirait à la main ce que d’autres donnent en standard.

Zammad, auto-hébergé sur la plateforme interne, branché sur le SSO existant et sur la boîte aux lettres générique que les utilisateurs connaissent déjà. Il a été rebaptisé avec un nom maison, dans la même famille que les autres portails internes : ça paraît anecdotique, mais un outil qui porte un nom que les gens reconnaissent s’adopte mieux qu’un produit dont le nom ne leur évoque rien.

Les trois raisons du choix, dans l’ordre :

  1. Le canal e-mail marche sans rien changer pour les utilisateurs. Ils écrivent à la même adresse qu’avant ; un ticket se crée ; ils reçoivent un accusé et un suivi. Zéro formation.
  2. L’exploitation est absorbée par une plateforme déjà en place. Mise à jour, sauvegarde, certificat : rien de spécifique à ce logiciel.
  3. L’authentification est celle de tous les autres services internes. Pas de compte supplémentaire.

Et les limites, dites franchement : c’est l’application la plus gourmande en ressources du lot, elle mérite qu’on surveille sa mémoire ; et elle ne fait pas d’inventaire de parc. GLPI reste donc pertinent sur ce terrain-là, en complément et pas en concurrent — c’est un sujet que je garde ouvert côté labo.

Trois autres pièges classiques :

  • Trop de catégories au démarrage. Commencez avec quatre ou cinq. Vous affinerez avec les données réelles, pas avec ce que vous imaginez.
  • Des délais de traitement annoncés qu’on ne tient pas. Mieux vaut ne rien promettre que promettre une réponse en deux heures et ne pas être là.
  • Oublier la sortie. Vérifiez dès l’installation comment exporter les tickets et les pièces jointes. Le jour où vous changerez d’outil, ce sera trop tard pour poser la question.