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Jérémie Vitet

Réseau

Reprendre la main sur un châssis virtuel Alcatel OmniSwitch

Deux OmniSwitch empilés en virtual chassis, une restauration d'urgence qui recopie la configuration du membre 1 sur le membre 2, et un switch qui ne rejoint plus la pile. Le diagnostic, et ce qu'il faut vérifier avant.

Publié le
Temps de lecture
7 min de lecture
Niveau
avancé
Statut
à jour
Vérification
Testé sur Alcatel-Lucent OmniSwitch 6560

Fin février 2026, deux OmniSwitch 6560 empilés en châssis virtuel se sont retrouvés avec la même configuration. Pas « une configuration proche » : la même, celle du membre 1, restaurée telle quelle sur le membre 2 après une intervention d’urgence. Résultat, le second switch ne rejoignait plus le châssis virtuel, et il a fallu plusieurs jours pour rétablir un fonctionnement acceptable — sans jamais reformer la pile complète.

Cette fiche raconte le diagnostic et les points de contrôle. Elle ne prétend pas être une procédure clés en main : les extraits de configuration dont je dispose sont partiels, et je préfère vous dire où regarder plutôt que vous donner des commandes que je n’ai pas vérifiées.

Comprendre ce qu’un châssis virtuel n’est pas

Section intitulée « Comprendre ce qu’un châssis virtuel n’est pas »

Un châssis virtuel (virtual chassis), c’est plusieurs switches physiques qui se présentent au reste du réseau comme un seul équipement : une adresse de management, une configuration, un plan de commutation. C’est très pratique au quotidien et c’est exactement là que le piège se referme quand on parle sauvegarde.

Chaque membre garde en réalité deux fichiers de configuration distincts :

Fichier Rôle Identique entre membres ?
vcsetup.cfg L’identité du membre dans la pile : chassis-id, groupe, mode du lien VFL Non, jamais
vcboot.cfg La configuration de commutation vue depuis le master (VLAN, ports, routage) Oui, propagée par le master

Un membre qui reçoit le vcsetup.cfg d’un autre membre récupère son chassis-id. Deux membres avec le même identifiant ne forment pas une pile : ils s’excluent mutuellement.

  • Un accès console série sur chaque switch. Pas SSH, pas le contrôleur de management : une console. Quand la pile est cassée, l’adresse de management peut suivre le master, ou ne suivre personne.
  • L’image de rescue correspondant exactement au modèle. Une image 6360 ne relève pas un 6560, et l’utilitaire ne vous préviendra pas gentiment.
  • Une copie de vcsetup.cfg et vcboot.cfg de chaque membre, prise avant l’intervention.
  • Une fenêtre de production. Sur une pile qui porte les VLAN de l’atelier, « je regarde vite fait » n’existe pas.

L’USB Rescue Utility relève un switch qui ne démarre plus. Le message qu’il affiche mérite d’être lu jusqu’au bout, parce qu’il annonce exactement ce qu’il va faire :

The Rescue Utility reformats the switch's nonvolatile storage. All files will be lost and
replaced with the contents of /usb/<modele>/* from the USB storage device.
This may take up to 10 minutes.

« All files will be lost » inclut vcsetup.cfg. Si le switch répond encore un peu, récupérez ses fichiers de configuration avant. S’il ne répond plus du tout, vous partirez de la sauvegarde — et c’est là qu’on découvre souvent qu’elle n’existe pas au bon niveau de granularité.

La clé USB doit respecter l’arborescence attendue par le modèle : /usb/6560/* pour un 6560, /usb/6360/* pour un 6360. Le switch démarre dessus, se reformate, et repart avec une configuration usine.

Vérifier la topologie une fois le switch relancé

Section intitulée « Vérifier la topologie une fois le switch relancé »

Première commande après le redémarrage, depuis la console du master :

show virtual-chassis topology

Les colonnes à lire, dans cet ordre :

  • Chas : le numéro du châssis tel que vu par la pile ;
  • Role : Master, Slave ou Inconsistent ;
  • Status : l’état d’appartenance. Un suffixe + signale une unité présente mais ajoutée après la dernière topologie sauvegardée — autrement dit, la pile la voit sans l’avoir intégrée à son plan ;
  • Config Chas ID et Oper Chas ID : l’identifiant configuré et l’identifiant réellement en service. Un écart entre les deux est le symptôme central de ce genre d’incident ;
  • Priority et Group : la priorité d’élection du master, et le groupe de la pile.

Si show virtual-chassis topology ne liste qu’un seul membre alors que les deux sont allumés et câblés, le problème est soit dans le lien VFL, soit dans l’identité — pas dans les VLAN.

Lire la configuration de châssis de chaque membre

Section intitulée « Lire la configuration de châssis de chaque membre »

Sur chaque switch, la configuration de pile vit dans son propre fichier :

! File: /flash/working/vcsetup.cfg
virtual-chassis chassis-id 1 configured-chassis-id 1
virtual-chassis vf-link-mode ...

Deux règles simples : les membres doivent avoir des chassis-id différents, et le même groupe. Dans mon cas, le membre 2 affichait configured-chassis-id 1, hérité de la restauration. Le reste du diagnostic découlait de là : deux switches convaincus d’être le châssis 1, aucun des deux ne cédant.

La suite logique est de remettre le membre 2 sur son propre configured-chassis-id, de recréer le lien VFL entre les deux switches, puis de redémarrer le membre corrigé pour qu’il se présente à la pile avec sa nouvelle identité.

C’est ici que je m’arrête sur les commandes. La séquence exacte — comment écrire la configuration de châssis, dans quel répertoire (working ou certified), avec quel type de rechargement, et dans quel ordre redémarrer les membres — dépend de la version d’AOS et doit être prise dans la documentation constructeur, pas dans un article de blog. Ce qu’il faut vérifier avant d’agir :

  1. la commande de configuration du configured-chassis-id pour votre version d’AOS, et le fichier qu’elle écrit ;
  2. la procédure de création du lien VFL (ports éligibles, agrégation, mode statique ou dynamique) ;
  3. le mécanisme working / certified / synchro de votre version : une configuration correcte mais non certifiée ne survit pas toujours au redémarrage suivant ;
  4. l’ordre de redémarrage recommandé quand les deux membres portent de la production.

Dans mon incident, le membre est bien repassé en châssis 2, mais il n’a jamais rejoint le châssis virtuel. Il a fini la semaine en standalone.

Un membre en standalone commute. Il ne partage pas le plan de la pile, il n’apporte pas de redondance, il demande une configuration séparée — mais l’atelier retrouve son réseau. C’est une position de repli parfaitement défendable : on rétablit le service, on note la dette, et on planifie une reprise à froid avec le support constructeur, machine par machine, hors production.

Insister le soir même sur une pile qui refuse de se reformer, c’est risquer de perdre aussi le membre qui fonctionne. La bonne question n’est pas « comment je répare ce soir » mais « qu’est-ce qui tourne encore si je me trompe dans les dix prochaines minutes ».

L’incident n’est pas venu du rescue, il est venu de la sauvegarde. La sauvegarde du contrôleur de management cloud n’est pas une sauvegarde par équipement : dans un châssis virtuel, elle capture la configuration du châssis telle que la voit le master. Restaurer « le switch 2 » depuis cette sauvegarde revient donc, mécaniquement, à lui coller la configuration du switch 1.

La parade tient en une ligne : récupérez vcsetup.cfg et vcboot.cfg de chaque membre, séparément, hors du contrôleur, par exemple via un transfert programmé vers un partage sauvegardé. Et vérifiez une fois par an que ces fichiers sont différents d’un membre à l’autre. S’ils sont identiques, votre sauvegarde ne sauvegarde qu’un seul switch.