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Jérémie Vitet

Architecture IT

Réseaux machines industrielles : ne jamais mélanger réseau machine, télémaintenance et LAN bureautique

Trois architectures possibles pour le réseau d'une machine industrielle, pourquoi une seule tient la route, et le rappel à faire au SAV : les adresses publiques n'ont rien à faire dans un automate.

Publié le
Temps de lecture
6 min de lecture
Niveau
avancé
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à jour
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Dans une PME qui conçoit des machines, le réseau ne s’arrête pas à la porte du bureau d’études. Chaque machine embarque son propre réseau : un automate, des variateurs, une IHM, et un routeur de télémaintenance pour que le SAV puisse intervenir chez le client. Ce réseau est conçu par les automaticiens, pas par le service informatique, et pendant longtemps personne n’a vraiment tranché la question de son architecture. En mai 2026, mon collègue responsable informatique a formalisé trois options pour le service automatisme. Deux mois plus tard, j’ai dû envoyer un rappel à tout le monde parce que des machines partaient chez des clients avec des adresses IP publiques. Ces deux épisodes tiennent en un principe : le réseau machine, la télémaintenance et le LAN bureautique sont trois mondes, et ils ne se mélangent pas.

  • Savoir ce qu’il y a dans une machine : automate (Rockwell chez nous), variateurs, IHM, capteurs intelligents, routeur de télémaintenance EWON avec le service talk2m.
  • Connaître les plages privées de la RFC 1918 et savoir expliquer à un non-informaticien pourquoi elles existent.
  • Avoir la main, ou au moins la voix, sur le standard d’adressage des machines avant qu’elles ne quittent l’atelier.

Voici les trois options telles qu’elles ont été présentées au service automatisme. Le vocabulaire est volontairement le leur.

Option Principe Avantages Inconvénients
1. Deux réseaux par machine + un VPN EWON Un réseau privé pour les variateurs et composants, un réseau d’échange et de télémaintenance pour l’IHM et l’automate Plus sûr, déjà en place, modulable Deux interfaces à configurer par machine
2. Une seule carte, masque large sur l’automate Tout le monde dans le même sous-réseau, l’automate voit tout Simple à câbler Hors bonnes pratiques : aucune frontière, un composant compromis voit tout
3. Une carte + EWON + pare-feu par machine Un pare-feu physique dans chaque machine Sûr Complexe, coûteux, un équipement de plus à maintenir chez le client

L’option 1 a été retenue, et pas seulement parce qu’elle était déjà en place. Elle sépare ce qui doit l’être sans ajouter de boîtier : le réseau privé des variateurs ne sort jamais de la machine, le réseau d’échange est le seul que le client et le SAV voient.

Variateurs, modules d’entrées-sorties déportés, capteurs : tout ce qui parle à l’automate et à personne d’autre. Ce réseau n’a pas besoin de passerelle par défaut, et je recommande de ne pas en mettre. Un variateur qui ne peut pas router vers l’extérieur ne peut pas non plus être atteint depuis l’extérieur.

L’automate y a une seconde interface, l’IHM aussi, et le routeur EWON. C’est par là que le client remonte ses données de production et que le SAV se connecte en télémaintenance. C’est le seul réseau de la machine dont l’adressage peut avoir à s’adapter à celui du client.

Comprendre pourquoi le LAN bureautique n’a rien à faire là-dedans

Section intitulée « Comprendre pourquoi le LAN bureautique n’a rien à faire là-dedans »

On me demande régulièrement pourquoi je refuse qu’une machine en test dans l’atelier soit branchée directement sur le réseau des bureaux. Trois raisons, dans l’ordre où elles font mal.

Les conflits de routage. Une machine est livrée avec un plan d’adressage standard, identique d’une machine à l’autre. Le jour où deux machines sont en test côte à côte, ou le jour où le client a le même plan que nous, deux équipements portent la même adresse et plus rien n’est prévisible. Sur un réseau isolé, ce n’est pas grave. Sur le LAN bureautique, c’est une panne.

La sécurité. Un automate ne se met pas à jour comme un poste Windows, ne porte pas d’EDR, et accepte souvent des connexions sans authentification sur ses ports de programmation. Le mettre sur le même réseau que les postes de comptabilité, c’est offrir un rebond gratuit dans les deux sens. Notre EDR a déjà isolé des postes de techniciens à cause d’installateurs d’automatisme jugés trop bavards ; imaginez la même détection sur un automate qui ne sait pas se défendre.

Le VPN et le MPLS. Depuis que le site est raccordé à un lien MPLS et à un SASE, chaque réseau interne est annoncé vers l’opérateur et vers le cloud de sécurité. Un réseau machine qui apparaît sur le LAN, c’est un réseau de plus annoncé partout, avec des adresses qui n’ont jamais été validées. Et l’agent SASE en Always-On sur le PC de l’automaticien ajoute sa propre couche : sans split tunnel, le trafic vers l’automate tente de monter dans le tunnel.

Adresser les machines en plages privées, et rien d’autre

Section intitulée « Adresser les machines en plages privées, et rien d’autre »

C’est l’épisode de juillet. Des machines ont été configurées par le SAV et les automaticiens avec des adresses en plage publique, du type 203.0.113.x pour prendre un exemple, c’est-à-dire des adresses qui appartiennent à un opérateur quelque part sur Internet. Ça fonctionne, tant que la machine est isolée. Le jour où elle est branchée sur un réseau qui route vers Internet, tout paquet destiné à ces adresses part dans la machine au lieu d’aller vers le site légitime, ou l’inverse. J’ai envoyé un rappel, direction en copie, avec une formule que j’assume : utiliser des adresses publiques en interne est contraire aux bonnes pratiques réseau, et c’est un fondamental de notre métier.

Les plages privées définies par la RFC 1918 sont les seules autorisées dans une machine :

Plage Notation Nombre d’adresses Usage typique
10.0.0.0 – 10.255.255.255 10.0.0.0/8 environ 16 millions Réseaux d’entreprise, sites multiples
172.16.0.0 – 172.31.255.255 172.16.0.0/12 environ 1 million Réseaux intermédiaires, DMZ
192.168.0.0 – 192.168.255.255 192.168.0.0/16 65 536 Petits réseaux, machines, box

Un plan d’adressage machine, à titre d’exemple (adaptez les valeurs, l’important est la logique) :

Exemple de plan d'adressage pour une machine
Réseau privé machine (variateurs, E/S) 192.168.10.0/24 pas de passerelle
automate, interface 1 192.168.10.1
variateurs 192.168.10.11 - .49
E/S déportées 192.168.10.51 - .99
Réseau d'échange / télémaintenance 192.168.20.0/24 passerelle = EWON
automate, interface 2 192.168.20.1
IHM 192.168.20.2
routeur EWON (côté machine) 192.168.20.254

Le routeur EWON monte un VPN sortant vers le service talk2m ; le technicien s’y connecte depuis son PC avec le client de l’éditeur. Deux conséquences d’architecture :

  • Le LAN bureautique ne route jamais vers le réseau d’échange d’une machine. La télémaintenance passe par l’EWON, même quand la machine est à dix mètres. Ça paraît absurde, c’est en fait la seule façon d’être certain que la procédure du SAV est la même en atelier et chez le client.
  • Côté SASE, chaque client VPN de télémaintenance utilisé chez un client final doit être déclaré et autorisé explicitement, ticket à l’appui, à l’exception du client EWON.