Aller au contenu
Jérémie Vitet

Microsoft

Un PC de cellule qui démarre en boucle : récupérer les données, puis décider

Réparation du démarrage, mode sans échec, puis extraction du disque en boîtier USB : la marche à suivre quand le PC qui pilote une cellule de production ne redémarre plus, et ce qu'il faut décider ensuite.

Publié le
Mis à jour le
maj
Temps de lecture
6 min de lecture
Niveau
intermédiaire
Statut
à jour
Vérification
Testé sur Windows embarqué, Fastems MMS5

Un PC de cellule n’est pas un poste de bureau. Il ressemble à un poste de bureau, il exécute un Windows qui ressemble à un Windows, mais il a été installé une fois, en 2016, par le constructeur de la machine, avec une pile logicielle que personne chez vous ne sait réinstaller. Il tourne en continu, subit les arrêts d’urgence de l’atelier, et son disque encaisse des écritures permanentes. Il n’est ni dans votre inventaire de sauvegarde, ni dans votre cycle de renouvellement, parce qu’il est arrivé avec la machine — c’est-à-dire, dans l’esprit de tout le monde, avec la production.

Un matin de mars 2025, celui d’une cellule d’usinage s’est mis à redémarrer en boucle après un arrêt sale. Le support du constructeur a proposé la séquence classique. Elle n’a pas fonctionné, et c’est justement le cas intéressant : cette fiche décrit ce qu’on fait quand la réparation échoue, dans quel ordre, et pourquoi la question de fond n’est pas technique.

  • Un accès physique à la machine, tournevis compris, et l’accord du responsable de production : vous allez immobiliser une cellule.
  • Un second PC avec un port USB libre et un boîtier ou adaptateur USB compatible avec le format du disque (SATA 2,5 pouces, M.2, mSATA — vérifiez avant de démonter).
  • Un disque externe ou un partage réseau pour recevoir les données extraites.
  • Le contact du support constructeur, ouvert avant d’agir, pas après.

Ces trois étapes coûtent une demi-heure. Elles fonctionnent souvent sur un problème purement logiciel — un arrêt brutal pendant une mise à jour, par exemple. Elles ne fonctionnent presque jamais sur un disque physiquement usé, ce qui est un renseignement en soi.

Au démarrage, entrez dans l’environnement de récupération. Selon l’âge de la machine et le micrologiciel, la touche est F1, F8 ou F11 — les PC industriels de cette génération ne sont pas homogènes. Puis : Dépannage → Options avancées → Réparation du démarrage.

L’outil reconstruit les données d’amorçage et corrige les incohérences simples. Laissez-le aller au bout, même s’il est long.

Si la réparation échoue, F8 au démarrage puis Mode sans échec. L’objectif n’est pas de « faire marcher la machine » : c’est de gagner une fenêtre pendant laquelle vous pouvez copier les données avant que le disque ne se dégrade davantage. Si le mode sans échec démarre, ne perdez pas de temps à diagnostiquer : copiez d’abord.

Toujours depuis l’environnement de récupération, Options avancées → Invite de commandes :

Contrôles depuis l'environnement de récupération
diskpart
list disk
list volume
exit
chkdsk C: /f
bootrec /scanos

C’est l’étape qui compte vraiment, et c’est celle qu’on repousse parce qu’elle demande de démonter quelque chose.

Machine consignée, PC hors tension, sortez le disque et branchez-le sur un autre poste via un boîtier USB. En lecture, hors de son système d’exploitation, un disque abîmé est souvent encore largement exploitable : le système ne s’y exécute pas, il se contente d’être lu.

Si le disque montre des signes de faiblesse — lenteurs, erreurs d’entrée-sortie, cliquetis — copiez-le en entier avant de chercher des fichiers. Vous travaillerez ensuite sur la copie, sans solliciter l’original.

Image secteur à secteur du disque source (adaptez le numéro de disque)
Get-Disk | Format-Table Number, FriendlyName, HealthStatus, OperationalStatus, Size
# Vérifiez trois fois le numéro du disque source avant de lancer une image.

Sous Windows, un outil d’imagerie disque fait l’affaire ; sous Linux, ddrescue est la référence pour un support qui rend des erreurs de lecture, parce qu’il reprend là où il s’arrête au lieu d’abandonner.

Sur un PC de cellule, trois familles de données ont de la valeur, et elles ne sont pas au même endroit :

Quoi Pourquoi c’est critique Où regarder
Programmes de commande numérique Souvent la seule copie existante Dossiers de travail de l’application de pilotage
Configuration de la cellule Paramètres palettes, outils, correspondances : des semaines de réglage Répertoire d’installation de l’application constructeur
Journaux et historiques de production Traçabilité, et parfois obligation client Sous-dossiers de journalisation

Copiez large. Un dossier inutile coûte quelques gigaoctets ; un dossier oublié coûte une remise en service.

Copie avec reprise et journal, depuis le disque monté en USB
robocopy "E:\Chemin\Application" "D:\Recuperation\cellule\Application" /E /R:1 /W:1 /XJ /NP /LOG+:D:\Recuperation\cellule.log

/R:1 /W:1 est volontaire : sur un disque défaillant, les tentatives longues sur un fichier illisible bloquent la copie pendant des heures. Mieux vaut passer, terminer, et revenir sur la liste des échecs à la fin.

Remplacer le disque, pas le PC — pour l’instant

Section intitulée « Remplacer le disque, pas le PC — pour l’instant »

Une fois les données en lieu sûr, la suite est étonnamment banale : relevez la référence exacte du disque, achetez un modèle compatible, remontez. L’échange lui-même prend quelques minutes ; c’est tout le reste qui a pris la journée.

Deux points de vigilance :

  • Restaurez avec le constructeur, pas contre lui. La pile logicielle d’une cellule n’est pas une application qu’on réinstalle par-dessus un Windows neuf. Ouvrez le dossier support avant de remonter, avec vos données récupérées à disposition.
  • Mettez une alerte d’espace disque dans la foulée. Sur ce type de PC, le disque plein est le mode de panne le plus fréquent, et le plus prévisible. Une alerte à 85 % vous évite de refaire tout ce qui précède.

C’est la partie que je ne veux pas escamoter, parce que le disque n’était que le symptôme.

Ce PC portait un système installé en 2016 et une version d’application constructeur dont l’interface d’administration s’appuyait sur Internet Explorer — un navigateur retiré du support depuis. Autrement dit : un poste dont on ne peut ni changer le navigateur, ni durcir sérieusement l’OS, ni garantir qu’il redémarrera après le prochain arrêt sale. On peut remplacer le disque, on ne peut pas remplacer ça.

Six mois plus tard, j’ai porté le sujet en réunion sous une forme qui parle à une direction, en trois lignes :

  1. Ce que ça coûte de ne rien faire : chaque arrêt sale est une journée d’immobilisation potentielle, avec une dépendance totale au délai du support constructeur.
  2. Ce que la mise à niveau apporte : une version applicative qui abandonne le navigateur mort, un matériel sous garantie, et surtout la possibilité d’une sauvegarde standard.
  3. Ce qu’il faut exiger dans l’offre : un système d’exploitation encore supporté à la livraison. J’ai refusé sur une autre cellule un OS déjà en fin de vie sur du matériel neuf — un équipement industriel vit quinze ans, il ne peut pas naître obsolète.