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Jérémie Vitet

Réseau

Mesurer un accès Internet avant de l'acheter

Un opérateur propose toujours plus gros. Avant de signer, mesurez l'existant, trouvez le vrai goulot d'étranglement et posez cinq questions. Méthode appliquée au déménagement d'un site.

Publié le
Temps de lecture
6 min de lecture
Niveau
débutant
Statut
à jour
Vérification

Un site de ma boîte devait déménager, et l’opérateur en a profité pour proposer une montée en gamme spectaculaire. C’est le réflexe commercial normal : plus de débit se vend mieux qu’un accès adapté. Le réflexe symétrique côté informatique consiste à dire oui, parce que personne ne s’est jamais fait reprocher d’avoir acheté trop de bande passante.

Sauf que si. Un accès surdimensionné coûte tous les mois, sur trois ou cinq ans, pour un gain nul si le vrai point de blocage est ailleurs. Voici la méthode que j’ai appliquée, dans l’ordre, avant de répondre à l’offre.

  • Un accès en lecture aux compteurs de votre routeur ou de votre pare-feu.
  • La facture ou le contrat en cours, avec la date d’échéance et les clauses de résiliation.
  • Une heure de tranquillité. C’est le seul investissement réel de la démarche.

Étape 1 — Mesurer l’existant, pas l’impression

Section intitulée « Étape 1 — Mesurer l’existant, pas l’impression »

L’impression des utilisateurs — « c’est lent » — n’est pas une mesure. Il en faut deux : le débit maximal atteignable, et la charge réelle dans le temps.

Pour le débit maximal, un test depuis un poste filaire, hors heures de pointe, répété trois fois. Les outils en ligne suffisent ; si vous avez un serveur à l’autre bout, iperf3 donne un résultat plus honnête parce qu’il ne dépend pas d’un serveur de test mutualisé.

Mesurer entre deux points que vous maîtrisez
# Côté serveur, dans le site distant ou chez votre hébergeur
iperf3 -s
# Côté client, dans le site à mesurer
iperf3 -c 198.51.100.10 -t 30 # sens montant
iperf3 -c 198.51.100.10 -t 30 -R # sens descendant

Sur le site que j’analysais, la mesure a donné environ 626 Mbps en descendant pour 38 Mbps en montant. Ce seul chiffre oriente déjà toute la décision : le point faible n’est pas le débit descendant, c’est l’upload, et il est presque vingt fois plus petit.

Pour la charge réelle, ne vous fiez pas au pic instantané. Relevez l’occupation de l’interface WAN sur trente jours dans votre supervision et regardez le percentile 95 : c’est ce qui décrit votre usage, pas la pointe d’une sauvegarde du dimanche soir.

Étape 2 — Trouver le vrai goulot d’étranglement

Section intitulée « Étape 2 — Trouver le vrai goulot d’étranglement »

C’est l’étape que personne ne fait, et c’est celle qui économise le plus.

Dans mon cas, l’essentiel du trafic du site part vers les autres sites du groupe, à travers un VPN site-à-site. Or ce VPN plafonne à 200 Mbps, pour des raisons de chiffrement et de dimensionnement des équipements aux deux extrémités. Au-delà de 200 Mbps, un accès Internet plus rapide n’apporte strictement rien aux échanges inter-sites. Il n’améliore que ce qui va directement sur Internet.

La question à se poser est donc toujours la même : quel équipement, sur le chemin réel du trafic, sera saturé en premier ? Les candidats habituels :

Candidat Comment le vérifier
Le VPN site-à-site Débit maximal du tunnel testé entre deux serveurs des deux sites
Le pare-feu avec inspection activée Fiche produit : le débit « IPS activé » est très inférieur au débit brut
Le lien vers la plateforme SASE ou le cloud Contrat : le débit souscrit sur le PoP, pas celui de l’accès
Le Wi-Fi Un site en 300 Mbps Wi-Fi ne profite pas d’un Gbps filaire
Le serveur de fichiers ou la sauvegarde Débit disque, pas débit réseau

Tant que ces points ne sont pas connus, acheter du débit revient à élargir une autoroute qui débouche sur un péage à deux guichets.

Étape 3 — Écrire la spécification avant de lire l’offre

Section intitulée « Étape 3 — Écrire la spécification avant de lire l’offre »

Une fois les deux étapes précédentes faites, le besoin s’écrit en quatre lignes, et ces quatre lignes ne mentionnent pas de marque :

  1. Un débit symétrique, parce que c’est l’upload qui manque. Passer de 38 Mbps à 150 Mbps en montant multiplie le point faible par quatre ; passer le descendant de 626 Mbps à plus ne change rien.
  2. Une adresse IP publique fixe, indispensable pour le VPN site-à-site et pour toute publication.
  3. Un engagement de rétablissement compatible avec l’activité du site.
  4. Un débit garanti, et non « jusqu’à », si le site ne peut pas s’arrêter.

Sur ce dossier, l’offre retenue a été une offre symétrique 150/150 avec adresse publique, pour une mensualité inférieure à celle de l’accès en place. L’offre haut de gamme a été écartée par écrit, avec quatre arguments : coût, débit supérieur au besoin réel, limitation par le VPN, gain opérationnel faible. Écrire ce refus est important : c’est la trace qui vous protège si quelqu’un demande six mois plus tard pourquoi on n’a pas pris « le meilleur ».

Étape 4 — Poser les cinq questions qui font la différence

Section intitulée « Étape 4 — Poser les cinq questions qui font la différence »

« FTTx » veut tout dire et rien dire. Avant de signer, demandez par écrit :

  • FTTO, FTTE ou FTTH ? Ce n’est ni la même architecture, ni le même partage, ni le même délai de rétablissement.
  • L’ONT est-il fourni ? Sinon, c’est une ligne de budget et un délai supplémentaires.
  • Le routeur est-il fourni ? Et si oui, puis-je le mettre en mode bridge derrière mon propre pare-feu ?
  • Le débit est-il garanti ou mutualisé ?
  • Combien d’adresses IP publiques, et sont-elles fixes ?

Les réponses tiennent en cinq lignes et déplacent parfois la décision d’une offre à l’autre.

Étape 5 — Chiffrer le coût de sortie de l’existant

Section intitulée « Étape 5 — Chiffrer le coût de sortie de l’existant »

Un nouvel accès ne remplace pas immédiatement l’ancien : il faut les faire coexister le temps des tests, et solder le contrat en cours. Le calcul de base est simple — mois restants multipliés par la mensualité — mais il doit être présenté comme une estimation haute, à confirmer selon les clauses. Trois cas changent souvent le montant : fermeture de site, déménagement imposé, et pénalités plafonnées.

Sur un dossier équivalent que j’ai clos quelques jours plus tard, la résiliation anticipée a finalement été négociée à un montant très inférieur à la fourchette annoncée au lancement du projet. Budgétez le pire, mais négociez : ce n’est jamais une somme figée.

Deux solutions à avoir en tête dès la phase d’étude, parce qu’un raccordement filaire tient rarement les délais :

  • Un routeur 4G ou 5G professionnel pour ouvrir le site en attendant le filaire. Ce n’est pas confortable, mais ça permet de déménager à la date prévue.
  • Un accès satellite si la zone est réellement mal desservie. La latence interdit certains usages, elle n’interdit pas la messagerie ni la bureautique en ligne.