Auditer un fournisseur SaaS et obtenir un plan de remédiation
Ce que vous pouvez vérifier sans intrusion sur la plateforme d'un éditeur, les questions à poser avec les preuves attendues, le rapport de constats et la demande de plan de remédiation daté. Méthode de juin 2026.
En janvier 2026, un client industriel m’a envoyé son questionnaire de sécurité fournisseur, estampillé NIS2. J’y ai répondu honnêtement, c’est-à-dire majoritairement « non ». En juin, j’ai fait la même chose dans l’autre sens : audit de la plateforme SaaS d’un éditeur qui héberge une partie de nos données, rapport de constats, demande de plan de remédiation daté.
Ce n’est pas de la vengeance, c’est de la chaîne. Ce que mes clients exigent de moi, je dois l’exiger de mes fournisseurs, sinon mes réponses ne valent rien. Comme votre banque : elle vous demande d’où vient l’argent parce que quelqu’un le lui demande à elle.
Je ne nommerai pas l’éditeur : la méthode compte plus que le nom, et il a répondu, ce qui était l’objectif.
Prérequis
Section intitulée « Prérequis »- Le contrat et l’accord de traitement des données (article 28 du RGPD), pour savoir ce qui est promis.
- La liste de ce que la plateforme contient réellement : quelles données, pour quel usage, avec quelle criticité si elles fuient ou disparaissent.
- Un périmètre écrit de ce que vous allez tester : sur la surface publique, sans autorisation, vous restez passif.
- Une journée : moitié vérifications, moitié rédaction.
Cadrer ce que vous avez le droit de tester
Section intitulée « Cadrer ce que vous avez le droit de tester »Vos données sont à vous ; leurs serveurs ne le sont pas. Sans autorisation écrite de l’éditeur, ni scan de ports ni scanner de vulnérabilités sur ses hôtes. Sans risque : lire ce que le DNS et le TLS annoncent publiquement, observer les en-têtes HTTP renvoyés à votre navigateur, tester le comportement de votre propre compte. Pour aller plus loin, demandez le rapport de leur dernier test d’intrusion : c’est à eux de le faire faire.
Vérifier la surface publique
Section intitulée « Vérifier la surface publique »Quatre commandes suffisent pour un premier constat, avec le domaine de l’éditeur à la place de l’exemple :
dig +short TXT example.comdig +short TXT _dmarc.example.comopenssl s_client -connect app.example.com:443 -servername app.example.com </dev/null 2>/dev/null | openssl x509 -noout -dates -issuercurl -sI https://app.example.com | grep -iE 'strict-transport|content-security|x-frame|set-cookie|^server'À noter : SPF et DMARC (un éditeur qui envoie des notifications sans DMARC facilite l’usurpation de ses
propres mails) ; expiration et émetteur du certificat ; HSTS et politique de sécurité de contenu ; un
en-tête Server qui annonce une version ; des cookies de session sans Secure ni HttpOnly. Pour un
rapport TLS complet, testssl.sh fait le tour des protocoles et suites acceptées.
Tester depuis votre propre compte
Section intitulée « Tester depuis votre propre compte »Sur votre compte, vous êtes chez vous :
- si l’authentification multifacteur existe, et si elle peut être rendue obligatoire pour vos utilisateurs ;
- si l’authentification unique via votre annuaire (Entra ID ou autre) est proposée ;
- la politique de mots de passe et la durée de session ;
- la séparation des rôles : un utilisateur standard peut-il voir les données des autres, exporter, supprimer ?
- l’export de vos données dans un format exploitable, autrement dit la réversibilité ;
- l’existence d’un journal d’audit consultable : qui a fait quoi, quand ;
- la durée de vie des liens de partage, s’il y en a.
Poser les questions organisationnelles
Section intitulée « Poser les questions organisationnelles »La technique visible ne dit rien de l’organisation derrière. Ces questions se posent par écrit, chacune avec la preuve attendue. Une réponse sans preuve est une intention.
| Thème | Question | Preuve attendue |
|---|---|---|
| Hébergement | Où sont les données, chez quel hébergeur, sous quelle juridiction ? | Clause contractuelle, attestation d’hébergement |
| Sauvegarde | Fréquence, rétention, dernier test de restauration | Rapport de test daté |
| Incident | Délai de notification au client en cas d’incident | Procédure écrite |
| Accès | MFA pour les administrateurs, revue périodique des comptes | Politique, extrait de revue |
| Correctifs | Délai d’application d’un correctif critique | Politique de patching |
| Sous-traitants | Liste des sous-traitants ultérieurs et leur localisation | Liste à jour, notification en cas de changement |
| Test d’intrusion | Date du dernier, par qui, constats clos ou non | Synthèse du rapport |
| Réversibilité | Format d’export, délai, suppression après résiliation | Clause, procédure |
| Journalisation | Ce qui est tracé, combien de temps, accès client | Échantillon de journal |
Sur la sauvegarde, l’éditeur audité m’a répondu trente jours de rétention. C’est une réponse : on peut juger si c’est suffisant pour l’usage, et sinon en faire un constat.
Rédiger le rapport de constats
Section intitulée « Rédiger le rapport de constats »Le rapport tient en quelques pages et suit toujours la même structure : contexte, méthode, constats, demandes.
Le contexte rappelle pourquoi vous auditez : exigences de vos propres clients, NIS2, RGPD, contrôle des tiers. Pas de la politesse : ce qui donne à l’éditeur une raison de répondre vite.
La méthode liste ce qui a été testé, quand, depuis où, avec quel compte, et ce qui n’a pas été testé.
Chaque constat suit le même format :
C-03 — Cookies de session sans attribut Secure — MajeurObservation : réponse HTTP du 2026-06-02, en-tête Set-Cookie sans Secure ni HttpOnly.Risque : vol de session en cas d'interception ou de script injecté.Recommandation : positionner Secure, HttpOnly et SameSite sur tous les cookies d'authentification.Preuve attendue : capture de l'en-tête après correction.Trois niveaux suffisent : critique, majeur, mineur. Un constat sans preuve ne va pas dans le rapport.
Exiger un plan de remédiation
Section intitulée « Exiger un plan de remédiation »C’est ce qui distingue un audit d’un mail de plainte. Pour chaque constat, quatre choses : une action, un responsable côté éditeur, une date, la preuve qui sera fournie. Plus un délai de réponse pour le plan lui-même.
Objet : rapport d'audit de la plateforme — demande de plan de remédiation
Vous trouverez ci-joint le rapport de constats établi le <date> sur la plateforme <nom>.Ces vérifications s'inscrivent dans le contrôle de nos fournisseurs, exigé par nos propres clients(questionnaires NIS2) et par nos obligations RGPD en tant que responsable de traitement.
Nous vous demandons, sous <délai> :- pour chaque constat, l'action retenue, le responsable, la date cible et la preuve qui sera transmise ;- vos réponses aux questions organisationnelles du chapitre 4, avec les documents demandés ;- la date de votre dernier test d'intrusion et la synthèse de ses conclusions.
Nous restons disponibles pour un échange technique afin de préciser tout constat.Ton ferme et factuel : vous n’êtes pas là pour gagner mais pour obtenir une réponse, et vous aurez encore besoin de cet éditeur l’année prochaine.
La réponse va ensuite dans votre registre des fournisseurs, avec les dates : c’est ce que le questionnaire de votre client vous demandera de montrer.
Et quand c’est vous qui recevez le questionnaire
Section intitulée « Et quand c’est vous qui recevez le questionnaire »Le questionnaire NIS2 de janvier m’a appris la méthode inverse. Seul à l’IT, on ne coche pas « oui » partout, on trie :
- ce qui est réel : tout est hébergé sur site, les données restent en France, EDR supervisé par un SOC, antispam, sauvegardes ;
- ce qui est structurellement impossible seul : séparation des rôles, astreinte, revue à quatre yeux. Comme je l’ai écrit à notre responsable commercial, rien que le fait d’être seul ne respecte pas la norme ;
- ce qui peut être normé sur papier en attendant : un référentiel des salariés aligné entre la GPAO et l’annuaire, des procédures écrites ;
- ce qu’un prestataire couvre : le durcissement des interfaces des machines, côté produit, est passé par l’intégrateur.
Un « non » honnête vaut mieux qu’un « oui » qu’un audit contredira, et il vous donne au passage votre propre plan de remédiation.
Les pièges
Section intitulée « Les pièges »- Scanner sans accord. Passif, ou écrit.
- Accepter « nous sommes certifiés » comme réponse à tout. Demandez le périmètre de la certification : il exclut souvent la plateforme que vous utilisez.
- Ne pas relancer. Les dates du plan vont dans votre agenda, pas dans le leur.
- Le faire une fois. À refaire à chaque renouvellement et après chaque incident, chez eux ou chez vous.
Pour aller plus loin
Section intitulée « Pour aller plus loin »- NIS2 : quand le service informatique, c’est vous : le questionnaire de janvier, raconté.
- Mettre à jour sa charte informatique pour NIS2 : la partie « normer sur papier ».
- Phishing depuis un compte fournisseur compromis : ce qui arrive quand le maillon d’à côté lâche.