Aller au contenu
Jérémie Vitet

Réseau

Basculer la passerelle par défaut d'un Stormshield vers un lien MPLS + SASE (et savoir revenir en arrière)

Inverser les passerelles, revoir NAT et filtrage, éviter la double inspection, tester la voix : une bascule d'Internet direct vers MPLS + Cato, ratée deux fois avant de réussir, et le retour arrière.

Publié le
Temps de lecture
6 min de lecture
Niveau
avancé
Statut
à jour
Vérification
Testé sur Stormshield SN720 en haute disponibilité, Orange Business VPN CORPORATE 200M avec secours 4G, Cato Networks (PoP Paris)

Pendant un an, ma boîte a eu deux portes vers le monde. L’historique : un accès Business Internet direct, avec le cluster Stormshield en frontal, ses règles de NAT, son VPN SSL et son IPS. La nouvelle : un lien MPLS livré en juin, raccordé à un SASE Cato Networks opéré par un MSSP, qui fait sortir tout le trafic par un PoP à Paris et l’inspecte au passage. L’objectif : tout faire passer par le MPLS, ne plus exposer aucune adresse publique à nous, puis résilier l’accès direct. « Non exposée par conception », comme on l’écrit dans les dossiers pour la direction.

Sur le papier, la bascule tient en une modification : inverser deux champs dans un objet routeur. Dans la vraie vie, tout ce qui dépendait de l’ancien chemin se réveille en même temps : le NAT, les règles, l’IPS, le NTP, les DNS publics, et surtout la téléphonie. Nous avons échoué le 16 juin, encore le 2 juillet, et réussi le 17. Voici la procédure telle que je la referais, avec le retour arrière écrit avant de commencer.

  • Un cluster Stormshield avec un objet routeur GW-DEFAULT qui référence deux passerelles, GW-MPLS et GW-BIE.
  • Le lien MPLS livré, validé et mesuré : ping des serveurs depuis la console Cato, débit conforme à la commande.
  • Un compte Cato activé, avec assez de licences pour de vrais utilisateurs. Cinq licences d’évaluation ne suffisent pas ; nous avons vérifié.
  • L’agent Cato pré-installé sur les postes, non activé.
  • La liste de tout ce qui connaît votre IP publique actuelle : enregistrements DNS, partenaires avec liste blanche, opérateur du trunk SIP.

Nous avons pris un créneau de midi, 12h30-13h30, avec l’heure locale précisée pour le bureau à l’étranger. Le mail aux utilisateurs listait les services indisponibles (VPN, MiCollab, téléphonie, télémaintenance, portail interne), ce qui avait été pré-installé « et qu’il ne faut pas toucher », ce qui allait changer (désinstallation du client VPN, agent transparent, une seule authentification au premier démarrage), et un plan de retour arrière explicite. Les excuses anticipées ne coûtent rien et évitent la moitié des appels.

Dans Configuration > Objets > Objets réseau, ouvrez le routeur GW-DEFAULT. Il porte deux listes : les passerelles utilisées et les passerelles de secours. La bascule consiste à les échanger.

Champ Avant Après
Passerelles utilisées GW-BIE GW-MPLS
Passerelles de secours GW-MPLS GW-BIE

Conservez la route BGP existante vers le MPLS : c’est elle qui apprend les préfixes de l’autre côté, elle n’a pas à bouger. Le retour arrière, c’est la même manipulation dans l’autre sens. Une minute. Ce qui prend du temps, c’est de décider qu’il faut la faire.

Avec Cato, le NAT de sortie est fait par le PoP. Le cluster redevient un routeur qui filtre, plus un boîtier qui traduit.

  1. Désactivez les règles de NAT sortant dans Politique de sécurité > Filtrage et NAT. Désactivez, ne supprimez pas : le retour arrière en dépend.
  2. Dans les règles de filtrage, remplacez l’interface Out par l’interface MPLS partout où elle apparaît.
  3. Supprimez les règles Internet devenues des doublons de règles déjà portées par Cato.
  4. Désactivez le VPN SSL Stormshield : l’agent le remplace, et un VPN SSL qui n’écoute plus, c’est autant de tentatives de force brute en moins dans les alertes du SOC.

Votre adresse de sortie change. Mettez à jour les DNS publics qui pointaient vers l’ancien accès, et prévenez ceux qui filtrent par IP. Question à poser au MSSP avant la fenêtre : quelle IP déclarer ? Cato en propose plusieurs sortes (adresse du lien, sortie dédiée, allocation d’IP publique), et la réponse n’est pas la même pour un SaaS et pour un trunk SIP.

Le cluster Stormshield a un IPS. Cato aussi. Sur un même flux, les deux ensemble cassent le trafic, et la voix en premier. Sur les règles dont le trafic traverse Cato, abaissez le niveau d’inspection Stormshield (colonne « Inspection » de la règle, de IPS à Firewall) et laissez le PoP faire son travail. Vérifiez aussi le NTP dans Configuration > Système > Configuration > Date et heure : nous avons vu des erreurs de synchronisation juste après la bascule, les serveurs de temps n’étant plus joignables par le nouveau chemin.

Test Méthode Attendu
Serveurs joignables depuis Cato ping depuis la console Cato ou un agent Réponse
Chemin de sortie tracert -d example.com depuis un poste Aucun saut public avant le PoP
IP de sortie, par VLAN curl -s https://ifconfig.me L’IP Cato attendue
Téléphonie Appel MiCollab entrant puis sortant Audio dans les deux sens
Heure w32tm /query /status sur un contrôleur de domaine Décalage nul
Agent Authentification et Office Mode sur le LAN Immédiats

Un seul échec dans ce tableau et vous n’avez pas basculé, vous avez cassé. Le retour arrière n’est pas un aveu, c’est la procédure.

Le retour arrière : échanger à nouveau les passerelles, réactiver les règles de NAT et le VPN SSL, remettre les DNS. Puis, le jour même, écrire le compte-rendu d’échec et l’envoyer à tous les intervenants. Le nôtre a aligné quatre équipes qui ne se parlaient pas : le LAN, la téléphonie, le trunk SIP et le SASE.

Trame du compte-rendu d'échec de déploiement
1. Contexte et fenêtre
2. Tests réalisés (heure, résultat)
3. Symptômes observés
4. Causes probables
5. Actions décidées, par rôle : LAN/pare-feu, MiCollab, trunk SIP, Cato, MPLS
6. Prochaine fenêtre et critères de succès
  • 16 juin. Appels MiCollab sans voix retour, IP publique inattendue, double IPS, erreurs NTP, cinq licences d’évaluation. Retour arrière.
  • 23 juin. Une règle Any/Any/Any sur le cluster règle les symptômes de l’IPS, pas la voix. Les licences arrivent.
  • 2 et 7 juillet. Nouvel échec, IPS désactivé côté Cato aussi. Ce n’était donc pas l’IPS.
  • 16 juillet. La passerelle téléphonique doit avoir une IP publique dédiée dans Cato, pas l’IP générique du PoP. Le jeton de service (Service Token) utilisé pour la configuration du site avait expiré entre deux tentatives.
  • 17 juillet. Cause racine : les plages de ports RTP n’étaient publiées qu’en partie dans le Remote Port Forwarding de Cato. Ajout des plages manquantes, audio bidirectionnel, fin de l’histoire.
  • 21 juillet, bonus. L’agent ne s’authentifiait pas depuis le LAN : il manquait une route BGP vers la plage interne des services Cato entre le MPLS et le PoP.

La leçon : l’inversion des passerelles n’a jamais été le problème. Tout ce que l’ancien chemin faisait sans qu’on y pense, il a fallu le refaire explicitement.