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Jérémie Vitet

Cybersécurité

Phishing venant d’un compte fournisseur compromis : la check-list côté Entra ID et Exchange Online

Signature vraie, domaine tiers dans le lien, faute dans le nom : le mail venait bien de votre fournisseur, mais pas de lui. Comment le reconnaître, quoi lui demander de vérifier, et quoi dire à vos utilisateurs.

Publié le
Temps de lecture
6 min de lecture
Niveau
intermédiaire
Statut
à jour
Vérification
Testé sur Microsoft 365, Exchange Online, Entra ID, Hornetsecurity Email Protection

Fin juillet 2026, un mail arrive d’un fournisseur habituel. L’adresse est la bonne, la signature est cohérente avec tous les échanges précédents. Trois détails clochent : le sujet ne ressemble à rien de ce que ce fournisseur nous envoie d’habitude, le lien pointe vers un formulaire hébergé sur un domaine sans rapport avec lui, et le nom de l’expéditeur comporte une coquille que la personne réelle n’aurait jamais faite dans son propre nom.

Ce n’est pas une usurpation. Rien à redire côté authentification : le message sort des vrais serveurs du fournisseur. Quelqu’un est entré dans sa boîte et envoie depuis là. C’est la différence entre un cambrioleur qui force la porte et un cambrioleur qui a les clés : le second ne déclenche aucune alarme à l’entrée, et il faut le repérer à ce qu’il fait une fois à l’intérieur.

Ce qui suit, c’est ce que j’ai fait le jour même, dans cet ordre : qualifier, bloquer chez nous, écrire au fournisseur avec une liste de vérifications précises, puis alerter les utilisateurs en français et en espagnol.

Reconnaître un compte compromis plutôt qu’une usurpation

Section intitulée « Reconnaître un compte compromis plutôt qu’une usurpation »
Indice Usurpation classique Compte compromis
Adresse d’expédition Domaine ressemblant, ou domaine gratuit Le vrai domaine, le vrai compte
SPF / DKIM / DMARC Souvent en échec ou absents Passent, puisque le mail sort des vrais serveurs
Signature Approximative ou copiée d’un vieux mail Exacte, à jour
Sujet et ton Génériques Inhabituels pour ce contact, mais crédibles
Lien Domaine piégé évident Formulaire sur un service tiers légitime, détourné
Détail qui trahit À peu près tout Une coquille, une heure d’envoi, une tournure

Face à un compte compromis, votre filtre de messagerie n’a presque rien à quoi se raccrocher, à part le lien. Chez moi, c’est la protection des liens de la passerelle Hornetsecurity qui a bloqué la destination, ce qui a limité l’incident à une alerte. C’est exactement pour ce cas que la réécriture des liens existe, et c’est pour ça que je la défends quand un utilisateur trouve les liens réécrits « moches ».

Avant d’écrire à qui que ce soit, sécurisez votre périmètre :

  1. Bloquez l’URL du formulaire dans votre passerelle si ce n’est pas déjà fait automatiquement, et vérifiez dans le suivi des messages (Email Live Tracking ou équivalent) qui a reçu le mail.
  2. Recherchez toutes les occurrences du message dans le tenant. Dans le portail Defender, l’Explorateur de menaces (ou « Détections en temps réel » avec le Plan 1) permet de retrouver les copies par expéditeur et sujet, puis de les supprimer des boîtes.
  3. Si quelqu’un a saisi des identifiants, traitez ce compte-là comme compromis : réinitialisation du mot de passe, révocation des sessions, vérification des règles de boîte. Les mêmes commandes que plus bas, appliquées chez vous.

Écrire au fournisseur avec des vérifications précises

Section intitulée « Écrire au fournisseur avec des vérifications précises »

Un mail qui dit « je crois que vous êtes piratés » finit dans une boîte partagée et n’en sort pas. Un mail qui liste les indicateurs et dit exactement quoi vérifier a une chance d’atterrir chez quelqu’un qui sait quoi en faire. Le mien contenait trois blocs : les indicateurs observés (sujet, domaine du lien, coquille dans le nom), ce que nous avions fait (lien bloqué de notre côté), et la liste de contrôles ci-dessous, que leur informaticien pouvait dérouler en une demi-heure.

Dans Entra ID, ouvrez les journaux de connexion de l’utilisateur concerné et cherchez les pays inhabituels, les adresses IP inconnues et surtout les connexions par protocoles hérités (IMAP, POP, SMTP authentifié), qui contournent le MFA.

Réinitialiser le mot de passe ne suffit pas : les jetons de session restent valides. Il faut révoquer les sessions, puis vérifier que le MFA est bien actif et qu’aucune méthode d’authentification inconnue n’a été ajoutée au compte.

Révoquer les sessions d'un compte compromis
Connect-MgGraph -Scopes User.RevokeSessions.All
Revoke-MgUserSignInSession -UserId utilisateur@example.com

C’est le contrôle le plus souvent oublié, et le plus utile. Un attaquant qui a pris pied dans une boîte crée presque toujours une règle qui déplace ou supprime les réponses, pour que le propriétaire ne voie pas ce qui se passe, et parfois un transfert vers une adresse externe pour continuer à lire après avoir perdu l’accès.

Chercher les règles et transferts suspects
Connect-ExchangeOnline
Get-InboxRule -Mailbox utilisateur@example.com |
Format-List Name, Enabled, ForwardTo, ForwardAsAttachmentTo, RedirectTo, DeleteMessage
Get-Mailbox utilisateur@example.com |
Format-List ForwardingAddress, ForwardingSmtpAddress, DeliverToMailboxAndForward

Toute règle dont le nom est vide, un point ou une suite de caractères sans sens, qui supprime des messages ou transfère vers l’extérieur, doit être supprimée. Un transfert SMTP vers une adresse inconnue au niveau de la boîte elle-même est encore plus parlant.

Dans Entra ID, Applications d’entreprise, vérifiez les applications auxquelles l’utilisateur a récemment accordé un consentement. Une application inconnue avec un droit de lecture sur la messagerie est une porte dérobée qui survit au changement de mot de passe.

Depuis le portail Defender, rechercher tout ce que le compte a envoyé pendant la période suspecte, purger ce qui peut l’être, et prévenir les destinataires. C’est au fournisseur de le faire pour ses contacts ; vous, vous vous occupez des vôtres avec l’étape précédente.

L’alerte interne est partie en français et en espagnol, pour les deux sites concernés. Elle tenait sur un écran, avec une liste de réflexes du type :

  • À faire : ne pas ouvrir le lien, supprimer le mail, signaler tout message reçu du même contact depuis la veille, prévenir l’IT si un formulaire a été rempli.
  • À ne pas faire : répondre au mail, le transférer à des collègues « pour vérifier », appeler le numéro indiqué dans le mail.

Ne nommez personne dans l’alerte : ni la personne du fournisseur dont le compte a servi, ni le collègue qui a signalé le mail. La première est une victime, le second doit avoir envie de recommencer.