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Jérémie Vitet

Réseau

Remplacer un pare-feu WatchGuard par un cluster Stormshield SN720 en haute disponibilité

Export WSM, plan de VLAN, étiquetage du cœur, relais DHCP, routes de transition et règles stateful : ce qu'un admin solo doit préparer avant l'arrivée du technicien, et les pièges du jour J.

Publié le
Mis à jour le
maj
Temps de lecture
7 min de lecture
Niveau
avancé
Statut
à jour
Vérification
Testé sur Stormshield SN720 x2 (SNS v4), Alcatel-Lucent OmniSwitch OS6900 en VFL, WatchGuard WSM 12.11.2, Routeurs Orange LBB350 (fibre) et LBB154 (4G)

Le WatchGuard qui gardait la porte de ma boîte arrivait en bout de course. Le renouvellement s’est joué en deux mails avec l’opérateur : on me proposait un SN520, j’ai demandé le modèle du dessus. Trois raisons techniques : le port 10 Gbit/s n’existe qu’à partir du SN720, le SN520 n’est pas évolutif, et le SN720 accepte jusqu’à sept liens WAN, ce qui compte quand un MPLS, un secours 4G et un accès Internet direct se partagent le même boîtier. Commande finale : deux SN720 en haute disponibilité et une souscription sur cinq ans.

Pourquoi deux ? Parce qu’un pare-feu unique est le seul point de passage entre vos serveurs, votre téléphonie et Internet. Quand il tombe, tout tombe, et la production avec. Un cluster actif/passif transforme cette panne en une ligne de journal que vous lisez le lendemain, café à la main.

Le décor : une PME industrielle, un cœur Alcatel-Lucent OmniSwitch OS6900 en VFL, deux routeurs opérateur pour le MPLS (fibre et 4G), un routeur Business Internet et un trunk SIP pour la téléphonie Mitel. Quatre jours de mise en service avec le technicien LAN de l’opérateur, le cluster à côté de l’ancien pare-feu, pas à sa place. Voici ce que j’ai préparé, et ce qui nous a fait perdre du temps.

Créer le compte MyStormshield et récupérer l’appliance virtuelle

Section intitulée « Créer le compte MyStormshield et récupérer l’appliance virtuelle »

Le compte MyStormshield porte licences, mises à jour et téléchargements. Créez-le sur une adresse générique de service (it@example.com), pas nominative : votre remplaçant doit pouvoir y entrer. Récupérez-y aussi l’appliance virtuelle EVA et son kit d’activation : bac à sable le premier jour, routeur chez un hébergeur plus tard.

Pas de convertisseur magique : la migration se fait règle par règle. Installez WSM, ouvrez Policy Manager, puis Fichier > Ouvrir sur le XML de configuration. Les NAT se lisent dans Setup > Actions > SNAT. Deux enseignements de cette relecture :

  • Les règles de téléphonie (SIP, RTP, passerelle Mitel en DMZ) sont trop sensibles pour être recopiées telles quelles. Je les ai retirées du XML et réécrites dans un tableau : source, destination, ports, sens, commentaire. C’est ce tableau que le technicien a saisi.
  • Chaque NAT 1-on-1 du WatchGuard était doublé d’une règle SNAT. Sur Stormshield, une seule règle de NAT par flux ; recopier les deux crée des doublons qui se contredisent.

Le technicien vous posera la question que vous évitez depuis des années : quels réseaux n’existent plus ? Faites le ménage. Le plan retenu chez nous, à adapter :

VLAN Rôle Sur le cluster
admin Management du cœur et des bornes Interface interne, relais DHCP
serveurs Serveurs, contrôleurs de domaine Interface interne
dmz Services exposés (passerelle Mitel…) Interface DMZ
voix Téléphonie Interface interne
mgmt-fw Management des pare-feux Interface dédiée
HA Synchronisation du cluster Lien HA, VLAN dédié

Donnez au VLAN de haute disponibilité un nom explicite, VLAN10-HA-SN720 : dans deux ans, personne ne se demandera à quoi sert le VLAN 10.

Le jour J, le technicien branche vite ; sans étiquettes, vous passerez la matinée à suivre des câbles. La syntaxe OmniSwitch est châssis/slot/port ; extrait du plan pour deux boîtiers (A et B) répartis sur les deux châssis :

Plan de câblage du cœur (extrait)
1/1/18 "*** SN720-A PORT 10 HA ***" (vlan admin, non taggé)
1/1/24 "*** SN720-A PORT 1 BI ***"
1/1/25 "*** SN720-A PORT 3 MPLS ***"
1/1/26 "*** BOX BUSINESS INTERNET PORT 0 ***"
2/1/17 "*** SN720-B PORT 10 HA ***" (vlan admin, non taggé)
2/1/24 "*** SN720-B PORT 1 BI ***"
2/1/25 "*** SN720-B PORT 3 MPLS ***"

Le lien de synchronisation HA peut être porté par les deux châssis (1/1/29 et 2/1/29 chez nous) avec des modules SFP cuivre et une configuration strictement identique. En AOS :

OmniSwitch AOS 8
interfaces port 1/1/24 alias "*** SN720-A PORT 1 BI ***"
vlan 10 admin-state enable name "VLAN10-HA-SN720"
vlan 10 members port 1/1/29 untagged

Sur SNS, le relais DHCP et le serveur DHCP sont mutuellement exclusifs : dans Configuration > Réseau > DHCP, on choisit un mode pour tout le boîtier. Si le WatchGuard servait la DMZ ou le Wi-Fi invité, créez ces étendues sur vos serveurs DHCP Active Directory et laissez le cluster relayer : une seule console pour toutes les réservations.

Je vais être honnête : le premier jour, j’ai écrit au technicien « je ne comprends pas les notions de passerelle sur le pare-feu pour le réseau interne ». Sur WatchGuard, on raisonne en interfaces trusted, optional et external. Sur Stormshield, on raisonne en objets réseau et en slots de filtrage : c’est une règle de filtrage avec son NAT qui décide qui sort par où. Le technicien a supprimé ma route statique de test, créé un slot avec sa règle de NAT, et tout est devenu limpide. Prévoyez cette heure dans le planning.

Le cluster vit à côté du WatchGuard pendant quelques jours. Deux précautions.

  1. Une route de transition. Le réseau de l’ancien VPN reste joignable via le WatchGuard : créez un objet réseau NET-ANCIENVPN, un objet machine FW-WATCHGUARD, puis une route statique de l’un vers l’autre dans Configuration > Réseau > Routage. Ouvrez la règle correspondante côté WatchGuard.
  2. Un seul câble. Tant que le WatchGuard est en production, seul le lien vers le cœur est branché sur le cluster. Les ports Business Internet et MPLS attendent.

Autre surprise : sur l’interface voix, la protection anti-usurpation refusait le trunk SIP tant qu’une adresse fixe n’était pas posée côté WatchGuard. Vérifiez que l’interface voix porte exactement l’adresse que l’opérateur attend.

Le pare-feu est stateful : une règle se pense depuis l’initiateur de la connexion, le retour est accepté automatiquement. J’avais recopié deux règles autorisant les adresses des services de télémaintenance et de messagerie instantanée vers mes réseaux internes. Réponse du technicien : « ces adresses ne viendront jamais vers tes réseaux internes, c’est l’inverse qu’il faut faire ». Ce sont vos postes qui ouvrent la connexion, jamais le contraire.

La méthode qui a marché :

  1. Commencer par des règles larges, NET-SERVEURS → LAN, pour ne rien casser le jour de la bascule.
  2. Réduire ensuite serveur par serveur, en relisant les journaux.
  3. Une fois l’annuaire synchronisé sur le boîtier, restreindre par groupe : le RDP vers les serveurs n’est ouvert qu’au groupe du service informatique.

Avant de débrancher le WatchGuard, testez depuis chaque VLAN : sortie Internet, bail DHCP relayé, ouverture de session sur le domaine, services publiés en DMZ, lien MPLS, appel entrant et sortant avec audio dans les deux sens. Relisez une par une les règles de téléphonie de votre tableau.

Durcir le cluster après chaque intervention externe

Section intitulée « Durcir le cluster après chaque intervention externe »

Un technicien laisse toujours des traces : une règle de test « ouverte à tout », un SSH activé, un mot de passe temporaire. Dix mois plus tard, une autre intervention (remise en stack d’un switch, validation du basculement Wi-Fi/4G des téléphones) a rappelé la liste :

  1. Supprimer ou désactiver la règle de test dès que la validation est faite.
  2. Remettre votre propre mot de passe administrateur.
  3. Désactiver le SSH dans Configuration > Système > Configuration > Administration du firewall.
  4. Vérifier les comptes rattachés à MyStormshield : une adresse de service, pas celle du technicien.

Les alertes « VPN Brute-Force » remontées par notre SOC sur le VPN SSL, en janvier puis en juin 2026, ont fini de me convaincre : une fois un agent SASE déployé, le VPN SSL n’a plus à écouter sur Internet.