Deux agents VPN ou SASE sur le même poste : pourquoi ça ne marche pas, et quoi faire
Intervenir chez un client qui utilise le même agent SASE que vous bloque le poste. Ce que deux agents always-on se disputent, comment reconnaître le symptôme, et les trois solutions praticables.
Il y a un cas qu’aucun commercial ne mentionne quand il vous vend une plateforme SASE, et qui vous tombe dessus le jour où vous devez intervenir chez un client : votre client utilise le même produit que vous. Deux agents always-on, deux tenants différents, un seul poste. Ça ne marche pas, et ce n’est pas un bug qu’un support va corriger.
Je l’ai rencontré en septembre 2026, en préparant une intervention à distance sur un serveur chez un client industriel. La bonne nouvelle, c’est que la parade se prépare en amont et qu’elle est meilleure que le VPN qu’on cherchait à monter au départ.
Prérequis
Section intitulée « Prérequis »- Un poste avec un agent SASE ou VPN en mode always-on déjà déployé et non désactivable.
- Un accès administrateur local, ne serait-ce que pour lire l’état des cartes réseau.
- Un interlocuteur technique côté client, avec qui il faudra parler avant l’intervention et pas pendant.
Ce qu’un agent always-on prend en charge sur le poste
Section intitulée « Ce qu’un agent always-on prend en charge sur le poste »Pour comprendre le conflit, il faut voir ce qu’un agent moderne s’approprie. Ce n’est plus « un tunnel » : c’est une bonne partie de la pile réseau du poste.
- Une carte réseau virtuelle, qu’il crée et surveille.
- La route par défaut, qu’il capture pour que tout le trafic parte dans son tunnel — sauf ce que le split tunnel exclut explicitement.
- La résolution DNS, souvent redirigée vers ses propres résolveurs pour appliquer le filtrage.
- Une autorité de certification installée dans le magasin du poste, pour l’inspection TLS.
- Un mécanisme anti-tamper qui empêche l’utilisateur, et donc l’autre agent, de le désactiver ou de reprendre ses réglages.
Chacun de ces cinq points est un point d’exclusivité. Un poste n’a qu’une route par défaut, qu’une chaîne de résolution DNS efficace, et un seul processus peut gagner un bras de fer anti-tamper.
Pourquoi deux agents ne cohabitent pas
Section intitulée « Pourquoi deux agents ne cohabitent pas »Le résultat est prévisible dès qu’on pose les choses ainsi :
| Ressource | Ce que fait l’agent A | Ce que fait l’agent B | Résultat |
|---|---|---|---|
| Route par défaut | La capture vers son tunnel | La capture vers le sien | Le dernier qui parle gagne, l’autre perd son tunnel |
| DNS | Force ses résolveurs | Force les siens | Résolution incohérente selon le moment |
| Inspection TLS | Signe avec sa CA | Signe avec la sienne | Chaîne de certificats cassée pour l’un des deux |
| Anti-tamper | Se protège des modifications | Se protège aussi | Les deux se voient comme une menace |
| Authentification | Renvoie le SSO vers son tenant | Idem | Le portail du client vous renvoie chez vous |
Le dernier point est le plus vicieux, parce qu’il ne ressemble pas à un problème réseau. Vous ouvrez le portail applicatif du client, et le SSO vous renvoie vers votre propre tenant. Rien n’indique la cause. On accuse le compte, on accuse le mot de passe, on accuse le MFA, et on perd une journée.
Reconnaître le symptôme rapidement
Section intitulée « Reconnaître le symptôme rapidement »Trois vérifications suffisent à confirmer qu’on est dans ce cas plutôt que dans une panne classique.
Get-NetAdapter | Where-Object { $_.InterfaceDescription -match 'VPN|TAP|TUN|Virtual' } | Format-Table Name, InterfaceDescription, Status -AutoSize
Get-NetRoute -DestinationPrefix '0.0.0.0/0' | Sort-Object RouteMetric | Format-Table InterfaceAlias, NextHop, RouteMetric -AutoSizeDeux cartes virtuelles de deux éditeurs, ou deux routes par défaut avec des métriques qui se battent, et le diagnostic est fait. Complétez avec la liste des services en cours d’exécution : si deux services d’agents distincts tournent, vous savez déjà que l’un des deux perdra.
Les trois solutions praticables
Section intitulée « Les trois solutions praticables »1. Le portail applicatif du client, dans un navigateur
Section intitulée « 1. Le portail applicatif du client, dans un navigateur »C’est la meilleure, et de loin. Quand la ressource à atteindre est un serveur précis, le client la publie dans son portail applicatif — Browser Access chez plusieurs éditeurs — avec un compte invité local à sa plateforme, sans passer par son annuaire d’entreprise. Vous ouvrez une URL, vous n’installez rien, votre agent reste en place.
Les arguments à mettre dans le mail au client, parce que c’est lui qui doit accepter d’ouvrir :
- un compte nominatif dédié à l’intervenant ;
- un accès limité uniquement au serveur concerné ;
- uniquement les protocoles nécessaires à l’intervention ;
- aucune ouverture globale du réseau ;
- des règles gérées directement dans sa console, chez lui ;
- la traçabilité des connexions ;
- la désactivation immédiate de l’accès en fin d’intervention ;
- aucune dépendance à son annuaire ni à son MFA pour un compte externe ;
- aucun outil de prise en main supplémentaire à installer.
Neuf arguments, et pas un seul qui demande au client de baisser sa garde. C’est ce qui fait accepter la demande.
2. La déconnexion temporaire encadrée
Section intitulée « 2. La déconnexion temporaire encadrée »Si votre plateforme le permet, une règle autorise la déconnexion de l’agent pour une durée limitée. Chez moi : clic sur Disconnect, saisie d’un motif obligatoire, coupure pendant 60 minutes, reconnexion automatique. C’est la soupape que j’ai mise en place pour les techniciens qui interviennent sur des installations sans Internet, et elle sert aussi ici.
Elle a deux mérites : la traçabilité, et le fait que personne n’ait à se souvenir de réactiver quoi que ce soit. Un agent désactivé « le temps de » est un agent qu’on retrouve désactivé six mois plus tard.
3. Un poste ou une machine virtuelle dédiée
Section intitulée « 3. Un poste ou une machine virtuelle dédiée »Pour les interventions longues, un poste banalisé sans votre agent, ou une machine virtuelle jetable, règle le problème par la séparation. C’est lourd, ça demande un cycle de vie propre, mais c’est la seule option quand le client refuse le portail et exige son propre client VPN.
Ce qui n’est pas une solution : désinstaller votre agent pour la journée. Vous perdez la protection du poste au moment précis où il se connecte au réseau d’un tiers, et vous démontrez à toute l’équipe que la règle est négociable.