Prendre en main un serveur dédié : les dix premières choses à faire
Ce qu'il faut traiter dans les premiers jours après la livraison d'un serveur dédié : système, console et mode secours, SSH, pare-feu, IP failover, sauvegardes, supervision et DNS inverse.
Un serveur dédié n’arrive pas comme un serveur de la salle machines. Vous ne le déballez pas, vous ne
verrez jamais ses disques, et personne ne passera le redémarrer à votre place. Ce que vous recevez, c’est
un mail : une adresse IP, un nom d’hôte généré par l’hébergeur, un mot de passe root, et parfois un bloc
d’adresses publiques supplémentaires. À partir de là, tout est à vous — y compris les erreurs.
J’ai repris une de ces machines chez OVHcloud : livrée avec un hyperviseur préinstallé, un bloc d’IP failover, un espace de sauvegarde FTP inclus, et rien d’autre. Voici les dix choses à traiter dans les premiers jours. L’ordre compte : les trois premières évitent de vous enfermer dehors, les suivantes évitent qu’on entre.
Prérequis
Section intitulée « Prérequis »- Un compte nominatif sur l’espace client de l’hébergeur, avec authentification multifacteur.
- Un gestionnaire de mots de passe. Les identifiants livrés par mail n’ont rien à faire dans une boîte aux lettres.
- Un nom de domaine que vous contrôlez, avec accès à sa zone DNS.
- Une paire de clés SSH, générée sur votre poste d’administration.
1. Inventorier ce qui a été livré
Section intitulée « 1. Inventorier ce qui a été livré »Les mails d’activation arrivent en désordre et contiennent tout ce qui compte : IP principale, nom d’hôte par défaut, identifiants de l’espace de sauvegarde, caractéristiques du bloc d’IP supplémentaire. Faites-en une fiche unique dans votre documentation avant de les archiver.
2. Décider si vous gardez le système livré
Section intitulée « 2. Décider si vous gardez le système livré »L’hébergeur installe un modèle pour que la machine démarre, pas pour qu’elle vous serve dix ans. La mienne est arrivée avec VMware ESXi 6.7 U3 : fonctionnel, mais une version en fin de support. Réinstaller au jour zéro coûte vingt minutes ; au jour deux cents, une fenêtre de maintenance, une migration et des explications.
Trois questions suffisent : la version livrée est-elle encore supportée, le partitionnement correspond-il à votre usage, et saurez-vous exploiter ce système ? Une réinstallation depuis l’espace client, avec partitionnement personnalisé et votre clé SSH injectée, règle les trois d’un coup.
3. Tester la console et le mode secours avant d’en avoir besoin
Section intitulée « 3. Tester la console et le mode secours avant d’en avoir besoin »C’est l’étape que tout le monde saute et la seule qui vous sauvera un dimanche soir.
Deux accès existent hors du système : la console distante (KVM/IPMI selon la gamme), qui vous donne l’écran de la machine, et le mode secours, qui démarre le serveur sur un système en mémoire, avec des identifiants temporaires envoyés par mail. Vos disques n’y sont pas montés : vous les montez à la main.
Faites le test maintenant : bascule en secours, montage de la partition racine, lecture d’un fichier de configuration, retour en démarrage normal.
lsblk # identifier les disques et les partitionsmount /dev/md2 /mnt # ou le volume logique LVM correspondantls /mnt/etc # confirmer que c'est bien votre systèmeumount /mntLe jour où une règle de pare-feu vous coupe l’accès SSH, vous saurez quoi faire au lieu d’apprendre.
4. Durcir SSH immédiatement
Section intitulée « 4. Durcir SSH immédiatement »Un serveur dédié a une adresse publique : les tentatives d’authentification commencent dans l’heure, avant même qu’il ne serve à quelque chose.
Créez un compte d’administration nominatif avec sudo, déposez-y votre clé publique, vérifiez que vous
vous connectez avec, puis seulement durcissez la configuration.
PermitRootLogin prohibit-passwordPasswordAuthentication noKbdInteractiveAuthentication noAllowUsers monadminAjoutez un outil de bannissement d’adresses (fail2ban ou équivalent) : il ne remplace pas
l’authentification par clé, il vide les journaux du bruit de fond. Sur un hyperviseur ESXi, c’est l’inverse :
SSH est désactivé par défaut, laissez-le ainsi et ne l’activez que le temps d’une intervention.
5. Filtrer avant la machine, pas seulement dessus
Section intitulée « 5. Filtrer avant la machine, pas seulement dessus »Trois niveaux se cumulent, et ils ne font pas le même travail.
| Niveau | Ce qu’il fait | Sa limite |
|---|---|---|
| Pare-feu réseau de l’hébergeur | Filtre en amont, avant que le trafic n’atteigne votre lien | Souvent sans état : on filtre par IP et par port, pas par connexion |
| Pare-feu du système | Règles fines, par service, sur la machine elle-même | Ne protège pas de ce qui sature le lien |
| Pare-feu virtuel (VM dédiée) | Passerelle et NAT pour les machines virtuelles hébergées | C’est une VM : elle tombe si l’hôte tombe |
Sur ma plateforme, une VM pfSense sert de passerelle : elle porte les adresses publiques utiles, fait le NAT vers les machines internes, et ne publie que les services qui doivent l’être, par redirection de port explicite.
La règle non négociable : l’interface d’administration de l’hyperviseur ne s’expose pas sur Internet. Ni sa console web, ni son SSH. On y accède par VPN ou depuis une liste d’adresses sources restreinte.
6. Comprendre le bloc d’IP supplémentaires avant de le distribuer
Section intitulée « 6. Comprendre le bloc d’IP supplémentaires avant de le distribuer »C’est le piège le plus classique : le bloc se configure de deux façons selon l’usage, et vous ne lirez qu’en diagonale le mail qui les décrit.
Prenons un bloc d’exemple 198.51.100.64/26, routé vers un serveur dont l’IP principale est
203.0.113.151.
- Sur le serveur ou sur des VM en pont (bridge) : chaque adresse se configure en
255.255.255.255(/32), et la passerelle n’est pas dans le bloc — c’est celle de votre IP principale, ici203.0.113.254. Tout le bloc est utilisable. Les VM en pont réclament en plus une adresse MAC virtuelle générée depuis l’espace client, sans quoi le trafic est filtré en amont. - Dans un réseau privé de l’hébergeur (vRack) ou une offre cloud dédiée : le bloc redevient un
sous-réseau classique en
255.255.255.192(/26), et vous perdez trois adresses : réseau198.51.100.64, passerelle198.51.100.126, diffusion198.51.100.127.
Notez le choix retenu dans la documentation du serveur : le prestataire suivant se posera la même question, et le mail d’origine aura disparu.
7. Découper le réseau interne
Section intitulée « 7. Découper le réseau interne »Ne donnez pas une adresse publique à chaque machine virtuelle sous prétexte que le bloc en contient soixante-quatre : chaque adresse publique est une surface d’attaque de plus.
Le découpage qui marche : un réseau d’administration et un réseau de production séparés, en adressage privé
derrière la passerelle — par exemple 10.20.0.0/24 et 10.30.0.0/24 —, une sortie par NAT, et seulement
les entrées nécessaires en redirection de port ou derrière un reverse proxy. Un service qui n’a pas besoin
d’être joignable depuis Internet ne doit pas l’être, même « le temps des tests ».
8. Brancher les sauvegardes, sans faire confiance à l’espace inclus
Section intitulée « 8. Brancher les sauvegardes, sans faire confiance à l’espace inclus »La plupart des offres dédiées incluent un espace de sauvegarde — sur la mienne, 500 Go en FTP, avec une contrainte utile : la connexion n’est autorisée que depuis le serveur lui-même.
C’est pratique et insuffisant : même fournisseur, et un espace joignable depuis la machine sauvegardée, donc atteignable par un compte compromis sur celle-ci. Voyez-le comme la copie rapide, celle qui restaure un fichier effacé. La copie hors site, chez un autre fournisseur, avec une rétention que le serveur ne peut pas modifier, reste à faire.
9. Superviser autre chose que le ping
Section intitulée « 9. Superviser autre chose que le ping »La supervision incluse répond à une seule question : la machine répond-elle au ping ? Elle ne dit rien de vos services. Vérifiez aussi ce qu’elle déclenche : certaines offres redémarrent le serveur en cas de non-réponse, rarement ce que vous voulez sur un hyperviseur.
Ajoutez donc une sonde externe par service publié — code HTTP et expiration du certificat — avec une alerte qui arrive là où vous la lirez ; et, côté machine, espace disque, état du RAID et des disques (SMART), application effective des correctifs.
10. Poser le DNS et le DNS inverse
Section intitulée « 10. Poser le DNS et le DNS inverse »Le nom livré par l’hébergeur est technique et ne doit pas rester la seule identité de la machine.
- Créez un enregistrement
Asur votre domaine, par exemplesrv1.example.com, vers l’IP principale. - Renseignez le DNS inverse (PTR) depuis l’espace client, avec exactement ce nom. La plupart des hébergeurs le refusent tant que l’enregistrement direct n’existe pas.
- Vérifiez la cohérence dans les deux sens.
dig +short srv1.example.comdig +short -x 203.0.113.151Cette symétrie n’est pas cosmétique : un serveur qui envoie du courrier sans PTR cohérent voit ses messages classés en indésirable ou rejetés, et le diagnostic prend une demi-journée.
Pour aller plus loin
Section intitulée « Pour aller plus loin »- La suite logique de l’étape 8 : Migrer ses sauvegardes de Backblaze B2 vers OVH Object Storage.
- Pour l’étape 9, une sonde externe simple à exploiter : Surveiller ses services avec Uptime Kuma.
- Avant de choisir l’adressage de l’étape 7 : Les trois plages IP privées de la RFC 1918.
- La documentation officielle des IP supplémentaires, en aliasing sur une interface ou en pont vers des VM.