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Jérémie Vitet

Cloud / Web

Prendre en main un serveur dédié : les dix premières choses à faire

Ce qu'il faut traiter dans les premiers jours après la livraison d'un serveur dédié : système, console et mode secours, SSH, pare-feu, IP failover, sauvegardes, supervision et DNS inverse.

Publié le
Temps de lecture
7 min de lecture
Niveau
intermédiaire
Statut
à jour
Vérification
Testé sur VMware ESXi 6.7 U3, pfSense

Un serveur dédié n’arrive pas comme un serveur de la salle machines. Vous ne le déballez pas, vous ne verrez jamais ses disques, et personne ne passera le redémarrer à votre place. Ce que vous recevez, c’est un mail : une adresse IP, un nom d’hôte généré par l’hébergeur, un mot de passe root, et parfois un bloc d’adresses publiques supplémentaires. À partir de là, tout est à vous — y compris les erreurs.

J’ai repris une de ces machines chez OVHcloud : livrée avec un hyperviseur préinstallé, un bloc d’IP failover, un espace de sauvegarde FTP inclus, et rien d’autre. Voici les dix choses à traiter dans les premiers jours. L’ordre compte : les trois premières évitent de vous enfermer dehors, les suivantes évitent qu’on entre.

  • Un compte nominatif sur l’espace client de l’hébergeur, avec authentification multifacteur.
  • Un gestionnaire de mots de passe. Les identifiants livrés par mail n’ont rien à faire dans une boîte aux lettres.
  • Un nom de domaine que vous contrôlez, avec accès à sa zone DNS.
  • Une paire de clés SSH, générée sur votre poste d’administration.

Les mails d’activation arrivent en désordre et contiennent tout ce qui compte : IP principale, nom d’hôte par défaut, identifiants de l’espace de sauvegarde, caractéristiques du bloc d’IP supplémentaire. Faites-en une fiche unique dans votre documentation avant de les archiver.

L’hébergeur installe un modèle pour que la machine démarre, pas pour qu’elle vous serve dix ans. La mienne est arrivée avec VMware ESXi 6.7 U3 : fonctionnel, mais une version en fin de support. Réinstaller au jour zéro coûte vingt minutes ; au jour deux cents, une fenêtre de maintenance, une migration et des explications.

Trois questions suffisent : la version livrée est-elle encore supportée, le partitionnement correspond-il à votre usage, et saurez-vous exploiter ce système ? Une réinstallation depuis l’espace client, avec partitionnement personnalisé et votre clé SSH injectée, règle les trois d’un coup.

3. Tester la console et le mode secours avant d’en avoir besoin

Section intitulée « 3. Tester la console et le mode secours avant d’en avoir besoin »

C’est l’étape que tout le monde saute et la seule qui vous sauvera un dimanche soir.

Deux accès existent hors du système : la console distante (KVM/IPMI selon la gamme), qui vous donne l’écran de la machine, et le mode secours, qui démarre le serveur sur un système en mémoire, avec des identifiants temporaires envoyés par mail. Vos disques n’y sont pas montés : vous les montez à la main.

Faites le test maintenant : bascule en secours, montage de la partition racine, lecture d’un fichier de configuration, retour en démarrage normal.

Repères en mode secours
lsblk # identifier les disques et les partitions
mount /dev/md2 /mnt # ou le volume logique LVM correspondant
ls /mnt/etc # confirmer que c'est bien votre système
umount /mnt

Le jour où une règle de pare-feu vous coupe l’accès SSH, vous saurez quoi faire au lieu d’apprendre.

Un serveur dédié a une adresse publique : les tentatives d’authentification commencent dans l’heure, avant même qu’il ne serve à quelque chose.

Créez un compte d’administration nominatif avec sudo, déposez-y votre clé publique, vérifiez que vous vous connectez avec, puis seulement durcissez la configuration.

/etc/ssh/sshd_config (extrait)
PermitRootLogin prohibit-password
PasswordAuthentication no
KbdInteractiveAuthentication no
AllowUsers monadmin

Ajoutez un outil de bannissement d’adresses (fail2ban ou équivalent) : il ne remplace pas l’authentification par clé, il vide les journaux du bruit de fond. Sur un hyperviseur ESXi, c’est l’inverse : SSH est désactivé par défaut, laissez-le ainsi et ne l’activez que le temps d’une intervention.

Trois niveaux se cumulent, et ils ne font pas le même travail.

Niveau Ce qu’il fait Sa limite
Pare-feu réseau de l’hébergeur Filtre en amont, avant que le trafic n’atteigne votre lien Souvent sans état : on filtre par IP et par port, pas par connexion
Pare-feu du système Règles fines, par service, sur la machine elle-même Ne protège pas de ce qui sature le lien
Pare-feu virtuel (VM dédiée) Passerelle et NAT pour les machines virtuelles hébergées C’est une VM : elle tombe si l’hôte tombe

Sur ma plateforme, une VM pfSense sert de passerelle : elle porte les adresses publiques utiles, fait le NAT vers les machines internes, et ne publie que les services qui doivent l’être, par redirection de port explicite.

La règle non négociable : l’interface d’administration de l’hyperviseur ne s’expose pas sur Internet. Ni sa console web, ni son SSH. On y accède par VPN ou depuis une liste d’adresses sources restreinte.

6. Comprendre le bloc d’IP supplémentaires avant de le distribuer

Section intitulée « 6. Comprendre le bloc d’IP supplémentaires avant de le distribuer »

C’est le piège le plus classique : le bloc se configure de deux façons selon l’usage, et vous ne lirez qu’en diagonale le mail qui les décrit.

Prenons un bloc d’exemple 198.51.100.64/26, routé vers un serveur dont l’IP principale est 203.0.113.151.

  • Sur le serveur ou sur des VM en pont (bridge) : chaque adresse se configure en 255.255.255.255 (/32), et la passerelle n’est pas dans le bloc — c’est celle de votre IP principale, ici 203.0.113.254. Tout le bloc est utilisable. Les VM en pont réclament en plus une adresse MAC virtuelle générée depuis l’espace client, sans quoi le trafic est filtré en amont.
  • Dans un réseau privé de l’hébergeur (vRack) ou une offre cloud dédiée : le bloc redevient un sous-réseau classique en 255.255.255.192 (/26), et vous perdez trois adresses : réseau 198.51.100.64, passerelle 198.51.100.126, diffusion 198.51.100.127.

Notez le choix retenu dans la documentation du serveur : le prestataire suivant se posera la même question, et le mail d’origine aura disparu.

Ne donnez pas une adresse publique à chaque machine virtuelle sous prétexte que le bloc en contient soixante-quatre : chaque adresse publique est une surface d’attaque de plus.

Le découpage qui marche : un réseau d’administration et un réseau de production séparés, en adressage privé derrière la passerelle — par exemple 10.20.0.0/24 et 10.30.0.0/24 —, une sortie par NAT, et seulement les entrées nécessaires en redirection de port ou derrière un reverse proxy. Un service qui n’a pas besoin d’être joignable depuis Internet ne doit pas l’être, même « le temps des tests ».

8. Brancher les sauvegardes, sans faire confiance à l’espace inclus

Section intitulée « 8. Brancher les sauvegardes, sans faire confiance à l’espace inclus »

La plupart des offres dédiées incluent un espace de sauvegarde — sur la mienne, 500 Go en FTP, avec une contrainte utile : la connexion n’est autorisée que depuis le serveur lui-même.

C’est pratique et insuffisant : même fournisseur, et un espace joignable depuis la machine sauvegardée, donc atteignable par un compte compromis sur celle-ci. Voyez-le comme la copie rapide, celle qui restaure un fichier effacé. La copie hors site, chez un autre fournisseur, avec une rétention que le serveur ne peut pas modifier, reste à faire.

La supervision incluse répond à une seule question : la machine répond-elle au ping ? Elle ne dit rien de vos services. Vérifiez aussi ce qu’elle déclenche : certaines offres redémarrent le serveur en cas de non-réponse, rarement ce que vous voulez sur un hyperviseur.

Ajoutez donc une sonde externe par service publié — code HTTP et expiration du certificat — avec une alerte qui arrive là où vous la lirez ; et, côté machine, espace disque, état du RAID et des disques (SMART), application effective des correctifs.

Le nom livré par l’hébergeur est technique et ne doit pas rester la seule identité de la machine.

  1. Créez un enregistrement A sur votre domaine, par exemple srv1.example.com, vers l’IP principale.
  2. Renseignez le DNS inverse (PTR) depuis l’espace client, avec exactement ce nom. La plupart des hébergeurs le refusent tant que l’enregistrement direct n’existe pas.
  3. Vérifiez la cohérence dans les deux sens.
Contrôle direct et inverse
dig +short srv1.example.com
dig +short -x 203.0.113.151

Cette symétrie n’est pas cosmétique : un serveur qui envoie du courrier sans PTR cohérent voit ses messages classés en indésirable ou rejetés, et le diagnostic prend une demi-journée.