Jérémie Vitet

Retour d'expérience

Mon XDR a attrapé quelqu'un avant même la fin de l'installation

Le chantier n'était pas terminé, tous les flux n'étaient pas branchés, et la console a signalé une tentative de connexion avec des identifiants par défaut. Ce que ça m'a appris sur la vraie mesure de sécurité.

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Il y a des projets qu’on défend difficilement devant une direction, parce que leur réussite ne se voit pas. Un XDR adossé à un SOC managé, c’est exactement ça : on paie tous les mois pour que quelqu’un regarde des journaux d’événements, et le meilleur résultat possible est qu’il ne se passe rien. J’avais préparé mes arguments, mes analogies et ma diapositive sur le coût d’une rançon.

Je n’ai pas eu besoin de m’en servir. La première détection est arrivée pendant l’installation.

Ce qu’on achète vraiment quand on achète un XDR

Section intitulée « Ce qu’on achète vraiment quand on achète un XDR »

Le principe est simple à raconter : une machine chez nous collecte les journaux de l’infrastructure, les met en forme, et les envoie à une console où des analystes regardent, 24 heures sur 24, ce qui ressemble à une anomalie. Chez nous, ce collecteur est une VM Ubuntu 24.04 LTS avec Docker, montée pour l’occasion.

Ce qu’on n’achète pas, c’est la partie magique. J’ai passé l’essentiel du chantier à faire une chose peu glorieuse : rendre les journaux compréhensibles. Chaque équipement parle son propre patois, et personne ne normalise rien. Il faut donc écrire ce que la console appelle des intakes, c’est-à-dire des analyseurs qui découpent une ligne de texte en champs exploitables. J’ai livré chaque fichier en deux versions, une en Grok et une en expressions régulières, parce qu’on ne savait pas encore laquelle passerait.

Bien m’en a pris : la conversion depuis le format XML vers l’interface graphique se supprimait toute seule côté console. Un bug, découvert en route, que personne n’avait annoncé. On a contourné en intégrant directement les expressions régulières côté collecteur. Ajoutez le classique du genre — le prestataire attendait une VM avec un disque système séparé du disque de données, j’avais provisionné un disque unique — et vous avez le portrait fidèle d’un déploiement de sécurité en PME : 80 % de plomberie, 20 % de sécurité.

C’est important de le dire, parce que les plaquettes commerciales décrivent l’inverse.

Le collecteur tournait, une partie des flux seulement était branchée, et la mise en production officielle était prévue pour les jours suivants. C’est à ce moment-là que la console a levé une alerte.

Quelqu’un tentait de se connecter en ligne de commande au pare-feu avec les identifiants par défaut d’installation. Ceux du manuel. Ceux que tout le monde connaît, parce qu’ils sont dans une documentation publique et dans une dizaine de dépôts sur Internet.

La tentative a échoué. Elle a échoué pour une raison, et une seule : ces identifiants avaient été changés à l’installation de l’équipement.

Je veux insister sur ce point, parce que c’est là que la plupart des retours d’expérience mentent par omission. Mon XDR n’a rien bloqué ce jour-là. Il n’a pas sauvé l’entreprise, il n’a pas coupé une session, il n’a pas joué les héros. Il m’a montré quelque chose que je ne voyais pas : que la porte était testée. La mesure de sécurité qui a réellement fonctionné coûtait zéro euro et avait été prise des mois plus tôt, en dix minutes, par quelqu’un qui a pris la peine de changer un mot de passe par défaut avant de brancher un câble.

Le XDR, lui, a fait exactement son travail : transformer un non-événement invisible en information.

Avant, ma posture de sécurité tenait dans une phrase que je n’aimais pas prononcer : « à ma connaissance, il ne s’est rien passé ». À ma connaissance. C’est-à-dire : quand j’ai regardé, et j’ai regardé quand j’avais le temps, c’est-à-dire rarement, parce que je suis aussi celui qui rebranche les câbles HDMI de la salle de réunion.

Un SOC managé ne me rend pas plus compétent. Il me rend présent la nuit, le dimanche, et pendant les réunions. Dans un service informatique d’une personne, ce n’est pas un luxe, c’est la seule façon d’avoir une détection qui ne dépende pas de ma disponibilité. Et le jour où je pars en congé, elle continue de tourner sans moi — ce qui, quand on est seul, est un argument au moins aussi fort que la technique.

Ça ne dispense de rien. Un XDR posé sur une infrastructure aux identifiants par défaut ne bloquerait pas l’intrusion : il la documenterait très bien, avec des graphiques. Ce n’est pas la même prestation.

  • Changer les identifiants par défaut le jour de l’installation, avant la mise en service, y compris sur les équipements « qui ne sont pas exposés ». C’est la seule mesure de cette histoire qui a arrêté quelque chose.
  • Une personne, un compte, y compris sur les équipements réseau et les appliances. Un compte partagé qu’on ne peut pas révoquer, c’est une identité que personne n’assume.
  • Écrire la liste des flux réellement branchés au collecteur, et la tenir à jour. Croire qu’on est couvert parce qu’un projet est « en production » est le plus court chemin vers une fausse tranquillité.
  • Prévoir le temps de parsing dans le planning. Pas le temps d’installation : le temps de parsing. Ce n’est pas la même unité de mesure.

Le XDR est passé en production quelques jours plus tard, avec la protection mobile et le filtrage du courrier qui ont suivi. Personne ne m’a demandé de justifier la ligne budgétaire. La console l’avait fait à ma place, avant même que je finisse de la brancher.

Je n’ai toujours pas montré ma diapositive.